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Extrait
L'idée de démocratie électronique. Origines, visions, questions, Thierry Vedel

Rubrique : L'information et la transparence
Date : 30 Septembre 2004

Extrait du texte / Conclusion

"Puissance de la technique, impuissance des humains ?

La démocratie électronique est encore une idée adolescente, idéaliste et parfois oublieuse de l’histoire. De par ses origines, elle apparaît comme une pensée composite qui s’est constituée par strates successives – de la machine à gouverner au cyberespace politique en passant par la télé-démocratie – et qui mêle de façon éclectique divers courants théoriques réinterprétés à l’aune des valeurs post-matérialistes du 21ème siècle. De par les multiples directions qu’elle propose – une plus grande transparence de l’action politique, la revitalisation de l’espace public, l’association étroite des citoyens aux processus de décision – elle témoigne de la complexité et de la flexibilité de la formule démocratique. On pourrait dire que la démocratie électronique, c’est une sorte de cocktail démocratique mêlant une dose d’agora athénienne, un peu de Rousseau, un zeste de Jefferson, un soupçon de Mill, le tout mélangé avec de l’idéologie libérale/libertaire californienne.

Toutefois, dans la recherche d’une forme d’organisation politique qui se situerait quelque part entre une démocratie représentative fatiguée et une démocratie directe utopique, (et qu’on appellera, suivant les projets, démocratie participative, démocratie active ou démocratie participative), l’idée de démocratie électronique présente un caractère spécifique : elle prétend apporter une réponse technique – l’internet – à la crise du politique. Là est à mes yeux la raison de l’attrait qu’elle exerce mais aussi de sa fragilité. Comment ne pas être séduit par un discours qui prétend compenser l’impuissance des humains par la puissance de machines ? Mais d’un autre côté, la technique ne peut que ce que les humains peuvent ou veulent faire (Vedel, 1994). Multiplier les sources d’information n’accroît pas les capacités cognitives des individus. Fluidifier la circulation de l’information ne crée pas la transparence tant que l’opacité reste une ressource stratégique.

Discuter entre citoyens du monde n’est qu’un agréable échange si l’on ne sait pas construire une décision collective. Comme l’a montré il y a presque un demi- siècle Jacques Ellul, toute innovation technique qui s’efforce de résoudre des problèmes existants génère des problèmes nouveaux. Les médiateurs qu’on pensait contourner réapparaissent sous des formes inédites, l’espace public qu’on voulait revitaliser se fragmente, la transparence qu’on espérait devient surveillance."

Lien vers l'intégralité du texte à télécharger au format PDF :

Source de l'information : Site de l'Université Jean Monnet - Colloque Thierry Vedel
Auteur : Thierry Vedel. Chercheur au CNRS et rattaché au Centre d'étude de la vie politique française(CEVIPOF), centre de recherche de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), à Paris.


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